Parias, Roman

Mohamed Adnan Ould Beyrouk

Sabine Wespieser Éditeur

  • 30 avril 2021

    Un père, un fils. Dans une complainte adressée à son épouse disparue, le père, incarcéré, retrace avec nostalgie son enfance chez les Bédouins, miséreux mais riches de cette liberté inconnue des sédentaires. Il concède amèrement qu’il a menti sur ses origines pour la conquérir, elle qui n’aspirait qu’à l’opulence, et que leur amour ne pouvait survivre à cette profonde dissonance. Faisant écho à ses regrets, le fils, recueilli par des amis sans le sou, dépeint, dans un touchant récit, sa vie dans la rue, les copains, les chapardages, le guet devant la prison, la maison où vit sa sœur, le cimetière où gît sa mère. Leurs deux voix alternées vont ainsi dévoiler, au gré de l’histoire familiale, le drame qui les a tous séparés. Beyrouk, auteur mauritanien, signe un texte d’une extrême sensibilité et révèle, à travers ces portraits de déshérités, un abîme profond entre le monde contemporain et l’existence sobre mais libre des nomades du désert.


  • par (Libraire)
    6 mars 2021

    Coup de cœur de la chouette

    Deux voix pour dire le même drame : celle du père, celle du fils. Elles s'élèvent et s'adressent à l'absente, dans une langue qui alterne lyrisme et phrasé d'une jeunesse fracassée. Sublime et poignant.


  • par (Libraire)
    25 février 2021

    Une géographie : la Mauritanie.
    Deux voix : celle d'un père en prison et celle de son fils. Un roman puissant, émouvant avec un retour sur leur passé fait de violence sociétale, urbaine, religieuse. Une très belle parabole sur les dégâts d'une tradition et d'une modernité violente ! À découvrir !


  • par
    15 février 2021

    Qu'il est beau ce texte. Le père, dans une langue belle, écrit son amour inconsidéré pour la jeune femme qu'il rencontre. Prêt à tout pour la conquérir et la garder, quitte à se mettre les deux familles à dos. Il y parle poésie, lui le nomade qui a renoncé à la vie de ses ancêtres pour s'installer en ville. Mais vite, il aborde la difficile mixité sociale, l'amour qui s'effiloche, l'obligation d'éloignement pour le travail qui sépare les corps et les cœurs.

    "Moi, je n'ai jamais su atteindre les côtes dont je rêvais pourtant. Je voulais aller là où vous étiez, toi et les enfants, me baigner chaque jour de la calme sérénité des moments tranquilles, connaître le langage de tous les jours, les habitudes de chaque instant, les rires, les fâcheries, les petites joies et les petites peines, je ne demandais rien que cela, le bonheur des gens modestes, et je ne l'ai même pas eu." (p.154/155)

    Le passé simple donne à la lettre du père une classe et un charmes désuet, comme s'il pouvait enfin écrire à sa bien-aimée tout ce qu'il n'a pas pu lui dire. C'est beau, tout simplement.

    A l'inverse, le récit du fils est beaucoup plus oral, c'est un pré-ado qui s'exprime. Le calme, la force et le désespoir du père en sont renforcés. Élevé par un ami, il traîne dans les rues du PK7, se bagarre, chaparde, ce qui lui évite de trop penser aux disparus, sa mère et son père qui refuse qu'il vienne le voir à la prison ainsi que sa petite sœur, Malika, recueillie par un oncle qui refuse de le voir. C'est un récit plus direct, plus naïf qui en écho à celui du père permet de comprendre la globalité de leur histoire familiale.

    J'ai déjà lu Beyrouk et son formidable Le griot de l'émir. De nouveau, je suis séduit par son livre, son écriture, la finesse, l'élégance et la beauté d'icelle.