La ligne de nage

Julie Otsuka

Gallimard

  • Conseillé par (Libraire)
    26 octobre 2022

    Chaque jour des personnes descendent "en bas", faire "quelques longueurs" dans une piscine "loin du fracas du monde de là-haut". "Loin du rude regard de nos pairs et de nos écrans", les différences de ce groupe hétérogène se diluent dans l’eau chlorée du bassin. Si on remarque Alice, c’est parce qu’elle est "magnifique dans son maillot à smocks vert et blanc, [...] nageant ses longueurs liquides et tranquilles". En haut, on la remarque plutôt "sortant de la pharmacie Longs Drugs […] toute décoiffée [ayant] mis son pantalon à l’envers". Dans ce lieu clos, lecteur est invité à observer avec une extrême minutie une communauté de nageurs soudée par leur originalité de ne pas pouvoir vivre un jour sans venir à la piscine, leurs façons de nager, leurs petites manies. Mais voici que les nageurs découvrent une fissure, s’interrogent sur son origine et son évolution, avant d’en découvrir d’autres toutes aussi mystérieuses, qui provoqueront la fermeture de la piscine.

    Dans une seconde partie, glaçante, la fille d’Alice, une écrivaine, nous raconte qu’il a fallu trouver un établissement pour accueillir sa mère, un Ehpad très luxueux, où tout est fait, selon ce qu’il annonce, pour subvenir aux moindres besoins de ses pensionnaires. Dans la réalité, Belavista se révèle être un établissement concentrationnaire où les personnes deviennent des objets. Elle s’adresse au lecteur pour lui raconter son regret de s’être tenue trop tôt et trop longtemps éloignée de sa mère, comment sa mémoire s’est peu à peu fissurée jusqu’à n’être plus. Elle remonte dans l’histoire d’Alice, qui a oublié les moments les plus importants de sa vie, son enfance, la guerre et sa vie dans un camp, son amoureux, son mariage avec le père des deux filles dont l’une qui avait "l’air parfaite de l’extérieur" est morte dans l’heure qui a suivi sa naissance. Elle se souvient de nombreux petits moments heureux, de nombreux petits gestes que sa mère a oublié et qui balisent le lent cheminement vers la perte de toute la mémoire et vers la mort.
    La métaphore est évidente entre ces fissures qui vont provoquer la fermeture de la piscine et les oublis d’Alice qui révèlent les fissures de son cerveau et annoncent sa mort. Julie Otsuka explore un angle du grand âge, le rétrécissement de la vie, ce qui se perd, ce qui s’oublie et disparaît pour toujours.
    Ce très beau roman est poignant, chargé de métaphores qui adoucissent l’histoire. Dans la première partie, la description du peuple de la piscine fourmille de clins d’œil humoristiques qui masquent le déclin d’Alice. Dans la seconde partie, la vie d’Alice décline, ses absences sont permanentes. Des petits éclairs de mémoire retrouvée illuminent un instant le récit. Avec mélancolie, ils rappellent à sa fille ce qu’elles ont vécu, retissant des liens. Julie Otsuka nous fend le cœur avec ce récit. Curieusement, sa description du tragique de la fin de vie nous laisse une impression de calme. Comme si l’inévitable était accepté comme tel.
    Un beau roman grave et digne


  • Conseillé par (Libraire)
    15 octobre 2022

    Magnifique !

    La ligne de nage est celle qu'empreinte tous les jours Alice, qui perd peu à peu la mémoire. La fermeture de la piscine (à cause d'une mystérieuse fissure) coïncidera avec l'entrée d'Alice dans un ehpad spécialisé. L'autrice réussit à nous faire partager le point de vue de cette femme mais aussi celui de l'entourage.
    C'est évidemment très émouvant et très sensible.

    Laëtitia


  • Conseillé par (Libraire)
    4 octobre 2022

    Il y a d’abord la piscine, ses rites et ses codes ; piscine dans laquelle Alice nage quotidiennement lorsqu’une micro-fissure apparaît au fond du bassin. Cette fissure devient béante quand Alice petit à petit perd la mémoire.
    "La ligne de nage" est extrêmement original, mélancolique et oserais-je dire, ravissant. Ce texte est un bijou d’humanité qui confirme le talent exceptionnel de Julie Otsuka.


  • Conseillé par (Libraire)
    15 septembre 2022

    Conseillé par Stéphanie et Coralie

    Quelle lecture troublante !
    Tout commence dans une communauté d'accros à la nage qui se croisent quotidiennement, ou presque, dans une piscine située "en bas", par opposition au monde du haut qu'il faut bien retrouver puisqu' un mari, un boulot ou des amis sont des réalités qu'on ne peut oublier qu'un temps. En utilisant le pronom "nous", Julie Otsuka positionne d'emblée le lecteur comme acteur, lequel aura beau résister, il finira bien par céder et se mettre à nager dans sa ligne lui aussi.
    Alors qu'une fissure perturbe cette communauté de nageurs, alors que le lecteur a fait connaissance avec le coach Vlad mais aussi Vincent (l'ancien dealer), Alice (qui oublie tout), Michael (l'aquajogger), Rick (trésorier du Rotary Club) et bien d'autres encore, voilà que Julie Otsuka passe à la troisième personne du singulier (elle).
    "Elle se rappelle son nom. Elle se rappelle le nom du président. Elle se rappelle le nom du chien du président (...) Elle a oublié ce qu'elle a mangé hier soir au dîner, et qu'elle a pris ses médicaments la dernière fois."
    On comprend alors que la nageuse Alice (qui oublie tout) est la mère de la narratrice qui change à nouveau de pronom (deuxième personne du pluriel) pour nous faire visiter Belavista, cet établissement qui va accueillir Alice.
    Le lecteur referme ce roman conscient qu'il vient de lire un objet non-identifié qui s'est installé très discrètement au fond de ses tripes. On est obligé de se remémorer cette grande comédie humaine du début du roman pour s'apercevoir que quelque chose est venu nous percuter au cours de la lecture. Ce texte est d'une structure narrative bien plus travaillée qu'il n'y paraît, il est à la fois drôle, triste et amer, d'une lucidité et d'une justesse qui ne peut laisser indifférent.


  • Conseillé par (Libraire)
    12 septembre 2022

    Alzheimer et natation !

    Lieu de réunion pour Alice et des passionnés de natation, la piscine en sous-sol d'une ville américaine doit hélas fermer à cause de fissures de plus en plus béantes. C'est la déception pour ces personnes qui y trouvaient leur plaisir dans une vie morne en surface ! Hélas, Alice est atteinte de la maladie d'Alzheimer et doit être conduite dans une maison spécialisée, où le roman prend une dimension plus tragique mais aussi plus drôlatique !
    Fin de vie et perte de mémoire abordées de façon « légère », avec aussi beaucoup d'émotion car c'est une histoire basée sur du vécu.


  • Conseillé par
    6 septembre 2022

    Nager et oublier

    Alice, nageuse habituelle dans une vaste piscine sous terre, y croise d’autres habitués et leurs routines.
    Dans un premier temps, l’auteur détaille ce chassé-croisé, décortiquant les comportements et les états d’âmes des nageurs. Puis, l’apparition d’une fissure bouleverse les fréquentations déclenchant multiples théories et suggestions…Les visiteurs s’approprient la fissure.

    Puis, la fissure ouvre une brèche dans la mémoire d’Alice qui perd peu à peu ses repères, l’amnésie s’installant irrémédiablement, ne libérant que quelques souvenirs de guerre, d’enfant perdu, d’amour…sa relation aux autres s’étiole…

    Malgré une écriture éloquente et de qualité, la lecture peut sembler expérimentale car cocasse et hétéroclite.

    « En allant à la piscine, la plupart du temps, nous laissons nos problèmes là-haut, sur terre
    « A mesure que les jours passeront vous oublierez de plus en plus. Votre terrible enfance pendant la guerre. Les magnifiques jardins de Kyoto. L’odeur de la pluie en avril. Ce que vous venez de manger pour votre petit déjeuner »


  • Conseillé par (Libraire)
    2 septembre 2022

    Un roman étonnant ! Une première partie jubilatoire et détonante nous donne à voir les joies, les obsessions et les échanges d'une communauté de nageurs d'une piscine de quartier. Et une seconde partie, plus délicate, naît d'une fissure au fond de la piscine, mais aussi dans l'esprit d'Alice. Alice, vieille dame qui ne se souvient plus... C'est alors un texte d'une grande finesse sur la mémoire, la douleur et l'incompréhension de l'oubli. Un coup de maître !


  • 26 août 2022

    L'effacement progressif

    Il y a les nageuses et les nageurs venus dans cette piscine « d'en bas » pour faire des longueurs, fuir quelque chose ou trouver une quiétude qui n'existe que là. Il y a Alice, la mère de la narratrice, qui vient là depuis toujours alors qu'elle oublie peu à peu le reste. Alice, qui s'enfonce dans la maladie et qui doit être placée bientôt. Il y a l'institution qui fait de son mieux mais qui n'est pas un foyer. Il y a quelques souvenirs qu'on tente d'arracher à l'oubli, quelques moments à vivre encore. Il y a l'effacement progressif de ce qui a été et de ce que l'on est. La ligne de nage est un roman percutant et bouleversant. Julie Otsuka a su trouver le ton et le rythme pour raconter la maladie d'une mère. Un grand coup de cœur de cette rentrée !


  • 25 août 2022

    L’écriture de ce roman est puissante

    Alice fait partie d’un groupe de nageuses et nageurs passionnés qui se retrouvent dans « leur piscine couverte ». Alice a la mémoire déclinante, tente donc de se rassurer par la natation. Malheur, la piscine, en piteux état va fermer. Alive va sombrer, jusqu’à l’inéluctable… l’écriture de ce roman est puissante, les voix de ces Japonaises qui ont quitté leur pays au début du xx° siècle pour épouser un américain sont multiples. Viendra le temps des déceptions, l’humiliation faite par les blancs et le rejet par leurs propres enfants du passé de leurs mères sera l’ultime déception endurée par ces femmes.


  • Conseillé par (Libraire)
    17 août 2022

    Apnée

    Ça commence comme une étude sociologique, la tentative d’épuisement d’un lieu new-yorkais, une piscine publique, souterraine, où des initiés se retrouvent, sans point commun, avec comme seul lien entre eux cet attachement intime aux moments qu’ils vivent ici, en dessous, volés au quotidien terne du « dessus. »

    Quelle belle idée de littérature, de débuter ainsi ce roman, dans le collectif, pour ensuite resserrer le cadre sur un personnage particulier, qui nage dans cette piscine, Alice, une vieille dame dont on comprendra vite qu’elle est la mère de l’autrice.

    Dans ses deux premiers romans, Quand l'empereur était un dieu et Certaines n'avaient jamais vu la mer, Julie Otsuka se servait déjà de la littérature pour interroger l’histoire familiale. Dans celui-ci, elle témoigne de sa destruction par une maladie aussi banale que tragique, qui dévore les souvenirs.

    C’est un livre qui célèbre la mémoire au moment où elle s’efface, mais qui est aussi le geste d’amour d’une fille à sa mère, inquiète de n’avoir pas fait assez, pas communiqué quand elle aurait pu le faire, un geste romanesque dont l’autrice n’est pas certaine qu’il suffira à faire taire la culpabilité qui l’assaille. Et par un mouvement inverse à l’ouverture du livre, l’histoire personnelle et intime de Julie Otsuka et de sa mère en vient à toucher l’universel et atteindre le lecteur en plein cœur.