Disparaître

Lionel Duroy

Mialet Barrault

  • par (Libraire)
    24 août 2022

    Le vélo comme thérapie

    Lionel Duroy part à vélo à destination de Stalingrad. Les lecteurs habituels de l’écrivain ne seront pas surpris, lui qui évoque souvent dans ses ouvrages son vélo Singer, le mont Ventoux où il habite. C’est autre chose que le carnet de son voyage qu’il nous propose et raconte dans Disparaitre, un titre qui dit l’objet de son périple. Lionel Duroy brille de nouveau par la pertinence de ses dialogues, de ses réflexions, qui sont celles d’un bilan de vie mais aussi celles si proches du commun des mortels. C’est jubilatoire, éprouvant, impertinent et terriblement vrai.

    Lionel Duroy est un vrai cycliste: « durant tout le temps passé sur mon vélo j’ignore la dépression, c’est d’ailleurs bien pourquoi je pédale chaque jour depuis cinquante ans ». Alors il part, chargé, lesté de sacoches mais aussi de sa vie, de ses souvenirs et de livres comme souvent sur les traces desquels il va se rendre. Tout est prétexte à réactiver la mémoire et à retrouver Toto le père, Esther, Agnès deux de ses anciennes femmes, thèmes obsessionnels. Rien ne change et tout change.
    Cependant désormais apparaissent de nouvelles thématiques. Lionel Duroy a soixante dix ans et sont corps se rappelle à lui, ce corps dont il imagine que ses enfants le trouvent désormais presque hors d’usage. Et la déchéance peut arriver à tout moment. Il faut la cacher et disparaitre avant qu’elle n’absorbe tout aux yeux de tous. Pourquoi ne pas mourir alors au bord de route d’épuisement, d’un accident ? « Celui qui arrive à l’âge de mourir doit prendre les devants » écrit il à plusieurs reprises. Il faut prendre la mort cette « sale conne » de vitesse mais on peut repousser cette lutte jusque’à demain, jusqu’à la visite de la prochaine ville, de la prochaine maison que l’on fait semblant d’acheter possiblement, jusqu’à la prochaine femme qui vous touchera le bras, qui vous accueillera dans son lit. Faire semblant de précéder la mort comme on fait semblant de vivre. Faire semblant d’écrire la vérité alors que l’on écrit un roman. Ou l’inverse. Se persuader en fait d’être courageux pour éviter l’angoisse.

    Vélo et écriture sont deux des piliers essentiels de la vie de Lionel Duroy, deux éléments qui l’aident à survivre et à tenir en équilibre. Aussi, si vous inquiétez pour lui, sans rien dévoiler de la fin, sachez que l’écrivain n’est pas disparu et qu’il vit encore. On l’aurait surpris autour du Ventoux en train de rouler sur un de ses vélos carbone avec un carnet dans les poches pour prendre les notes de son futur roman. Où il sera probablement question de David, Claire, Coline, Anna mais aussi de Toto, Agnès, Esther. Rien ne change, tout change.

    Lionel Duroy part à vélo à destination de Stalingrad. Les lecteurs habituels de l’écrivain ne seront pas surpris, lui qui évoque souvent dans ses ouvrages son vélo Singer, cette merveille de randonneuse à deux roues, le mont Ventoux où il habite, dont les routes lui sont familières. On pourrait s’attendre à un récit de voyage à la manière de Sylvain Tesson, partant en moto sur les routes de la Berezina ou de Emmanuel Ruben roulant Sur la Route du Danube. Mais Lionel Duroy ne serait plus Lionel Duroy, celui qui depuis des décennies à longueur d’ouvrages, de « romans » si mal nommés, décortique sa vie personnelle, sa vie affective, sa vie familiale. C’est donc autre chose que le carnet quotidien de son voyage qu’il nous propose et raconte dans Disparaitre, un titre qui dit l’objet de son périple. Pour être exact il est utile de préciser que ce n’est pas Lionel Duroy qui part, mais son double littéraire: Augustin, une façon habituelle de mettre en abîme la réalité et le virtuel, une sorte de protection: tout est vrai et faux à la fois. Pour s’en persuader, plus d’une centaine de pages sont consacrées à un repas de famille où ont été invités les quatre enfants de l’écrivain, rencontre dont on apprendra par la suite qu’elle a été inventée rétrospectivement lors du voyage à vélo. Un repas pour annoncer aux descendants, maintenant grands, qu’il part vers la Russie sans préciser cependant que c’est pour disparaitre définitivement. Lionel Duroy brille de nouveau par la pertinence de ses dialogues, de ses réflexions, qui sont celles d’un bilan de vie mais aussi celles si proches du commun des mortels. C’est jubilatoire, éprouvant, impertinent et terriblement vrai.

    Lionel Duroy est un vrai cycliste: « durant tout le temps passé sur mon vélo j’ignore la dépression, c’est d’ailleurs bien pourquoi je pédale chaque jour depuis cinquante ans ». Alors il part, chargé, lesté de sacoches mais aussi de sa vie, de ses souvenirs et de livres comme souvent sur les traces desquels il va se rendre. Tout est prétexte à réactiver la mémoire et à retrouver Toto le père, Esther, Agnès deux de ses anciennes femmes, thèmes obsessionnels. Rien ne change et tout change.
    Cependant désormais apparaissent de nouvelles thématiques. Lionel Duroy a soixante dix ans et sont corps se rappelle à lui, ce corps dont il imagine que ses enfants le trouvent désormais presque hors d’usage. Et la déchéance peut arriver à tout moment. Il faut la cacher et disparaitre avant qu’elle n’absorbe tout aux yeux de tous. Pourquoi ne pas mourir alors au bord de route d’épuisement, d’un accident ? « Celui qui arrive à l’âge de mourir doit prendre les devants » écrit il à plusieurs reprises. Il faut prendre la mort cette « sale conne » de vitesse mais on peut repousser cette lutte jusque’à demain, jusqu’à la visite de la prochaine ville, de la prochaine maison que l’on fait semblant d’acheter possiblement, jusqu’à la prochaine femme qui vous touchera le bras, qui vous accueillera dans son lit. Faire semblant de précéder la mort comme on fait semblant de vivre. Faire semblant d’écrire la vérité alors que l’on écrit un roman. Ou l’inverse. Se persuader en fait d’être courageux pour éviter l’angoisse.

    Vélo et écriture sont deux des piliers essentiels de la vie de Lionel Duroy, deux éléments qui l’aident à survivre et à tenir en équilibre. Aussi, si vous inquiétez pour lui, sans rien dévoiler de la fin, sachez que l’écrivain n’est pas disparu et qu’il vit encore. On l’aurait surpris autour du Ventoux en train de rouler sur un de ses vélos carbone avec un carnet dans les poches pour prendre les notes de son futur roman. Où il sera probablement question de David, Claire, Coline, Anna mais aussi de Toto, Agnès, Esther. Rien ne change, tout change.


  • par (Libraire)
    28 juillet 2022

    A soixante-dix ans, Augustin "aimerait pouvoir atteindre Stalingrad". Il a réuni ses enfants à Paris pour leur apprendre la nouvelle. Le temps d’un repas au restaurant, ce devrait être possible. Mais il y a toujours un souvenir, pas forcément heureux, une remarque, un reproche, une hésitation de sa part qui l’empêchent de parler de son voyage. Si Augustin estime qu’il a aimé et qu’il continue d’aimer ses enfants, chacun à sa façon, les enfants ont toujours une insatisfaction, un reproche à lui faire. Lui-même est fier d’eux tout en étant déçu qu’ils se chamaillent, ou que Claire ne lise pas ses livres, ou qu’ils lui reprochent de mettre "dans ses livres toutes les personnes qui comptent, ou ont compté pour toi – tes ex-femmes, tes frères et sœurs, tes parents, tes amantes, tes voisins, et même nous, tes enfants". Il finit par leur parler de son désir de rallier Stalingrad sans en dévoiler le sens, y disparaître, y finir sa vie, "Mourir, si vous préférez."

    Après ce repas, Augustin termine de préparer son vélo, "un vieux Singer", et prend la route. Il voyage davantage dans ses souvenirs, dans la littérature et dans l’Histoire que dans les paysages, c’est du moins ce que le lecteur ressent. Souvent, les lieux ou les livres lui font penser aux femmes qu’il a connu et à ses enfants. On découvre qu’il a emporté Kaputt de Malaparte. A Valbonne, il ouvre l’autobiographie de Petru Dumitriu, un écrivain roumain dont, une fois en Roumanie, il va tenter de retrouver le village. Après Bucarest, il refait "le long voyage des héros de Panaït Istrati dans "Les Chardons du Baragan"". Sur la route de Ljubljana, il chute et se réveille à l’hô. Il est soigné par une infirmière qui l’héberge plusieurs jours. Il gagne Zagreb, puis Belgrade. Il tombe sur un livre d’Eugeniu Botez, "Europolis" ou il est question de "Sulina, qui donne sur la mer Noire, en plein delta du Danube", une ville tombée dans l’oubli après une période intense, où est né Petru Dumitriu. Il imagine y habiter, visite des maisons, lit le gros ouvrage sur Stalingrad qu’il a emporté, pense au soldat Günter Flügge mort à Stalingrad, dont il possède des lettres, dans les pas duquel il finit par se remettre.
    Un livre étrange qui commence avec une histoire de famille qui ne se décide pas à vivre en paix, et se termine par un voyage dans des pays qui l’ont toujours fasciné. Un roman où vie personnelle et Histoire se superpose jusqu’à se confondre. C’est plutôt triste, mélancolique, mais tellement romantique.