Seul le silence

R. J. Ellory

Le Livre de poche

  • par
    8 janvier 2011

    A douze ans, Joseph Vaughan perd son père mais aussi bien plus que ça. Il perd cette année-là l’innocence, confronté à l’assassinat de petites filles de sa région. Des petites filles qu’il connaissait, qui vivaient dans son village de Géorgie, qui fréquentaient comme lui la classe de Miss Webber, des petites filles qui étaient vivantes un jour et sauvagement assassinées le lendemain. Comble de l’horreur, Joseph va lui-même en découvrir une, affreusement mutilée. Ces crimes vont planer des années durant sur la vie d’Augusta Falls, le village natal de Joseph. Profondément marqué, le jeune Joseph va même imaginer avec ses copains la création des Anges Gardiens, un groupe décidé à protéger les petites filles que le danger guette, sans que personne ne puisse l’identifier. Le climat à Augusta Falls est à la suspicion et chaque nouvel assassinat dans la région réveille les haines sourdes et stigmatise les « coupables » potentiels. Joseph grandit, hanté par les meurtres et par les fantômes de ces petites filles à qui on a violemment arraché la vie, dans un village où il semble se cogner contre les murs. « Tu étais pas comme les autres Joseph Vaughan. Tu l’as jamais été et tu le seras jamais » lui rappelle un copain de classe : Joseph veut, dès le jeune âge, devenir écrivain. Une vocation comme un besoin, pour exorciser, dompter les fantômes et qui le rapproche de son institutrice Alexandra Webber, consciente de son potentiel. Mais Joseph met du temps à quitter sa Géorgie natale, tentant d’y vivre, de s’y fondre, en vain. Arrivé à New-York, à vingt-deux ans, Joseph se jette dans une nouvelle vie, loin des drames qui ont jusqu’ici émaillé la sienne et l’habitent à jamais. Mais suffit-il de changer de ville, de vie pour que le passé disparaisse lorsque les fantômes, on les porte en soi ?

    Roman noir plus que thriller, Seul le silence est un livre dense et captivant, non pas par l’histoire des meurtres elle-même et son dénouement (un peu rapide d’ailleurs) mais par la force du personnage imaginé par R.J. Ellory: un homme qui a grandi au mauvais endroit, tourmenté dès l’enfance, dont la vie devient un combat terrible et obsédant contre l’horreur. Un portrait comme je les aime qui nous plonge au plus près du personnage, au cœur de ses émotions.